mardi 22 mars 2011

AVOIR et ÊTRE

(Il ne faut surtout pas perdre le fil… car c’est très subtil !)

Loin des vieux livres de grammaire,
Écoutez comment un beau soir,
Ma mère m'enseigna les mystères
Du verbe être et du verbe avoir.
Parmi mes meilleurs auxiliaires,
Il est deux verbes originaux.
Avoir et Être étaient deux frères
Que j'ai connus dès le berceau.
Bien qu'opposés de caractère,
On pouvait les croire jumeaux,
Tant leur histoire est singulière.
Mais ces deux frères étaient rivaux.
Ce qu'Avoir aurait voulu être
Être voulait toujours l'avoir.
À ne vouloir ni dieu ni maître,
Le verbe Être s'est fait avoir.
Son frère Avoir était en banque
Et faisait un grand numéro,
Alors qu'Être, toujours en manque.
Souffrait beaucoup dans son ego.
Pendant qu'Être apprenait à lire
Et faisait ses humanités,
De son côté sans rien lui dire
Avoir apprenait à compter.
Et il amassait des fortunes
En avoirs, en liquidités, 
Pendant qu'Être, un peu dans la lune 
S'était laissé déposséder.
Avoir était ostentatoire
Lorsqu'il se montrait généreux,
Être en revanche, et c'est notoire,
Est bien souvent présomptueux.
Avoir voyage en classe Affaires.
Il met tous ses titres à l'abri.
Alors qu'Être est plus débonnaire,
Il ne gardera rien pour lui.
Sa richesse est tout intérieure,
Ce sont les choses de l'esprit.
Le verbe Être est tout en pudeur,
Et sa noblesse est à ce prix.
Un jour à force de chimères
Pour parvenir à un accord,
Entre verbes ça peut se faire,
Ils conjuguèrent leurs efforts.
Et pour ne pas perdre la face
Au milieu des mots rassemblés,
Ils se sont répartis les tâches
Pour enfin se réconcilier.
Le verbe Avoir a besoin d'Être
Parce qu'être, c'est exister.
Le verbe Être a besoin d'avoirs
Pour enrichir ses bons côtés.
Et de palabres interminables
En arguties alambiquées,
Nos deux frères inséparables
Ont pu être et avoir été.

Joli non ?
bonjour les amis (es) !
bien loin des contenus humoristiques des envois @ habituels exceptionnellement ce texte mérite d'être transféré largement
vive la langue française ! Nicole

mercredi 2 février 2011

Réussir sa vie : Attila (texte de Marc)

Moi, Attila, je me lève tard en attendant que les femmes qui tournent autour de ma tente finissent d’accomplir leur tâche et retournent chez elles. Je suis le chef de guerre le plus célèbre de mon époque ; j’affute mes armes en vue de la prochaine bataille.
Une loi en vigueur pour mon peuple stipule de rester en communauté et de ne pas reconnaitre comme siens les enfants qui vivent ensemble ; ils sont rassemblés dans un même groupe sous la direction des anciens du village. Ceci afin d’assurer la force et la survie  de notre peuple, dit la tradition.

 Quand j’étais petit, j’étais déjà chef de bande, j’emmenais les copains à la chasse au sanglier et en général c’est moi qui avait l’honneur de donner le coup de grâce à la bête qu’ils m’avaient rabattue. Par ailleurs, je ne savais pas lire mais je comptais bien et je suis devenu rapidement très puissant.

Un jour le vieux chef de la tribu s’arrêta près de moi  et commença à me dévisager. Je cru qu’il avait une sorte de vision tellement il semblait inspiré. « Tu es moche, me dit il, mais ce n’est pas étonnant quand on regarde ta mère »
Il devait y avoir une histoire entre ma mère et lui, bien sûr ;  et moi qui ignorais qui était ma mère, je brulais de curiosité d’en savoir plus. Mais, l’ancien restait muet devant mes questions. J’en demeurais tout chaviré. Je pris la décision de découvrir le mystère. Je couru à la fontaine pour voir mon image et m’en imprégner afin de pouvoir identifier ma mère puisque je lui ressemblais. Puis j’ai fait le tour de toutes les huttes du village pour dévisager les femmes qui y résidaient. Enfin je suis rentré chez nous. Les copains, comme moi, n’avaient aucun indice, aucun d’entre eux ne connaissait ma mère. J’ai pris l’affaire en mains et j’ai proposé de commencer une enquête dès le lendemain après la chasse au sanglier.
Pour la réaliser, nous avons alors décidé de faire une sorte de révolution, de changer les lois du clan qui nous paraissaient désuètes et de retrouver nos parents afin  de créer pour chacun de nous, une nouvelle identité. Notre mentor fit une dépression et il démissionna de sa fonction. Cette entreprise a fait des remous dans la tribu et les langues se sont déliées après que les femmes aient pu obtenir la permission de participer à l’enquête. Curieusement, d’instinct, elles ont reconnu leur progéniture, ce qui leur était interdit jusqu’à présent.
Nous étions huit, six d’entre nous, moi compris, ont retrouvé leurs parents. Curieusement la vie n’a pas changé et nous avons continué à vivre en communauté, j’en étais le responsable.

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire, ma mère m'a invité à le fêter chez elle ; parmi les convives il y a le vieux chef qui m’avait lancé la phrase assassine. Il se tient en retrait et regarde ma mère qui loin d’être laide, est  encore très belle bien qu’elle ne soit plus toute jeune et malgré son air triste. Je réalise alors que le vieux avait du être amoureux d’elle sans avoir pu jamais obtenir ses faveurs. Il s’est vengé sur moi en me disant que j’étais moche et j’en ai été très troublé jusqu’à ce jour.
 
Les consignes et les photos du 31 janvier : clic

samedi 29 janvier 2011

Entre platane et cyprès -- 81 Cours Jean Jaurès - (Madeleine)


Entre platane et cyprès

Près du village où je suis née, le ruissellement d’eaux qui ne coulent plus guère a raviné des terres pourpres, roses , vertes ou violines. Une noria de bus y déverse tout l’été des touristes d’Asie, d’Europe et d’Amérique.
A l’entrée du site, se trouve le kiosque du gardien. En l’an 2000, c’était   Alexandre Charles, un bel homme de 58 ans, encore très brun. Avec son chapeau et sa cape à la Mistral, son accordéon et son appareil photo sur trépied, il animait le lieu et les journaux locaux publiaient volontiers son portrait. Mais au début du mois d’août, je l’ai trouvé triste, plaisantant à peine tandis que son instrument s’essoufflait à gémir des airs nostalgiques.
Je lui ai demandé des nouvelles de Bernadette, sa fille unique et son seul amour depuis la mort de sa femme. Il aimait parler d’elle.  Elle habitait Paris. L’hiver dernier, j’avais visité sa dernière exposition. En l’évoquant, grande, brune, élégante et sûre de son talent de peintre, j’étais certaine de faire naître un sourire sur le visage d’Alexandre. Or il eut les larmes aux yeux.
--  Ah ! elle ne voit plus ce que vous et moi, nous voyons.
-- Normal, pour une artiste. Depuis l’invention de la photo, les peintres ne sont plus tenus de coller au réel.
-- Ce n’est pas ce que je veux dire. Là, juste entre le platane et le cyprès, elle a vu un ange violine et une femme voilée de rose indien ou d’ocre. Ils l’auraient regardée comme pour lui demander quelque chose. Elle se croit peu à peu investie d’une mission : l’annoncer au monde entier puisque, aussi bien, le monde entier se retrouve ici.
-- Ca va rameuter des touristes d’un nouveau genre !
-- Ne m’en parlez pas ! Comme il s’agit, en somme,  d’apparitions, le maire est capable de m’adjoindre la Solange Vernet qui va à la messe avec un gros missel et qui me déteste. Je préfère ne pas vous dire pourquoi !
-- C’est un rêve éveillé, un rêve de peintre. Les couleurs de la terre se sont exprimées  pour elle à travers ces personnages. Cela n’ira pas plus loin.
Je me trompais.  Une semaine plus tard, un quatre-quatre s’arrêta devant le kiosque. Bernadette en sortit, vêtue d’une robe du même pourpre que celui sur lequel marchaient les visiteurs. Avec elle, deux comparses s’occupaient de la sono. Il y avait aussi deux photographes. Elle décrivit sa vision, avoua qu’elle ne pouvait l’expliquer mais conclut qu’elle avait sûrement un sens. Giono disait qu’il y a des pays de derrière le vent, pourquoi pas des êtres, ajouta-t-elle.
Emue par l’étrangeté de ces propos, je me tournai vers Alexandre, mais je ne le vis que de dos, il fuyait. La nouvelle passa en boucle de journaux locaux en radios et télés régionales. Elle fut la seule actualité mémorable de cette fin d’été. Bernadette maintint ce qu’elle appelait un témoignage et une interrogation. Puis on n’en parla plus. Il est vrai qu’à Paris, elle était aussi célèbre pour ses canulars que pour sa peinture.


Je ne suis pas de ces gens qui s’abonnent au journal paroissial ou au compte-rendu du Conseil municipal de leur village préféré. J’étais prof à Paris, je ne sais pas si je vous l’ai dit. Un trimestre, de courtes vacances à domicile où les fêtes s’entremêlaient aux copies à corriger, puis un autre trimestre passèrent. Un jour , je m’arrêtai devant la galerie qu’animait Bernadette. Elle était là, sans sono, sans porte-voix, vêtue d’un tailleur strict. Je lui demandai des nouvelles de son père.
-- Il ne va pas très bien. Il broie du noir. Il refuse de constituer son dossier de retraite en dépit du Maire et du Conseil municipal qui se rendent compte de sa fatigue et le poussent au départ. Il s’imagine qu’on lui fait payer ma prise de parole. Il n’en est rien, on sait bien qu’il me désavoue. Comprenez-moi : ce que j’ai vu pendant quinze longues minutes, je devais le dire, même si la signification m’échappe. Créer vous fait comprendre qu’il y a autre chose que ce que nous voyons, autre chose que de banals conflits d’intérêt ou d’amour-propre. C’était ce que reflétaient ces deux visages  sublimes que j’essaie en vain de reproduire. Je ne suis pas Fra Angelico. Et mon père raccroche quand je lui téléphone. Il me renvoie mes lettres !
Cette femme si allurée avait maigri, elle avait des accents de désespoir.
-- Et votre prochaine exposition, c’est pour quand ?
-- Je n’arrive plus à peindre. Et puis je tenais à l’amitié de mon père.
 
*
·                             *

Depuis que j’ai pris ma retraite, je passe beaucoup plus de temps auprès des somptueux ravins qui, c’est vrai, ont des couleurs qui font songer à Fra Angelico. Une dame du village tient désormais le kiosque où se débitent les entrées. Elle est habillée en Arlésienne. Aidée de sa fille, elle vent du nougat, du miel et des santons. Parmi ces figurines, il y a une Marie au foulard rose (pourquoi pas ?) et un ange violine qu’on dit avoir été modelés, peu avant sa mort, par Bernadette Charles. On les achète de préférence aux autres et l’on regarde l’espace entre le platane et le cyprès, un espace de ciel, de soleil et parfois de vent.
Alexandre Charles a maintenant 71 ans mais il en paraît dix de plus. Il ne se remet pas de la disparition prématurée de sa fille. C’est l’ordinaire absurdité de la vie, ces deux-là s’adoraient.

Mais pourquoi diable ce libre penseur avait-il laissé appeler sa fille Bernadette ?

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81 Cours Jean Jaurès

Au rez-de-chaussée, Corinne guette l’ébullition de l’eau dans la marmite. C’est d’un seul coup, d’un seul, dès le premier bouillon, qu’il faudra jeter les spaghetti. Sur la table ronde de la cuisine, Vanessa met le couvert pour trois. Une clé tourne dans la serrure.
--  C’est Chloé !
La troisième co-locataire entre. Elle est brune et mince. Elle a 20 ans comme les autres, et les joues rougies par le froid. Elle balance une grande sacoche juste dans le coin, où rutile un grand sac élégamment enrubanné.
--  Bon anniversaire ! crient les deux autres filles.
Chloé fait un petit sourire. C’est à ce moment-là qu’elles entendent un grand fracas qui rebondit. Un ou plusieurs objets métalliques dévalent l’escalier, suivis d’un concert de cris animaux.
--  Qu’est-ce que c’est encore ? dit Corinne.
-- La folle et son zoo, ne vous cassez pas la tête. Elle n’arrive plus à monter de la cave toutes ses boîtes de pâtée. Le peuple a faim, il revendique. Un jour les chats les mangeront, elle et son singe !
-- Mais non, c’est Karim, son pitt-bull et sa batterie.
--  N’importe quoi, ce sont les nouveaux qui ont laissé dégringoler une cantine en finissant d’emménager.
-- La pauvre jeune femme ! Dans son état, se coltiner tout ce bazar sans ascenseur ! En plus, elle a peur du pitt-bull de Karim.
-- J’ai quelque chose à vous apprendre, dit Chloé. Je suis dans la même situation que Madame Muti. Ca ne se voit pas encore, ne le dites à personne. Ca ne m’empêchera pas de présenter mon DUT. Mais je veux voir l’assistante sociale avant d’en parler à ma mère. Tiens ? Il n’y a plus de bruit ? Ils ont dû ramasser leur barda.
L’eau bout depuis 5 minutes. Corinne lâche les spaghetti tandis que Vanessa murmure : « Félicitations… »

Au premier étage, Blandine Bertrand raccroche lentement son téléphone. Les dernières paroles de son fils résonnent encore dans sa mémoire, s’impriment à vif dans son cœur.
-- Maman, c’est bien fini. Je ne reviendrai jamais. J’ai trop de mauvais souvenirs. Clémentine et moi, nous emprunterons comme tout le monde pour acheter notre appartement. Je m’installe définitivement à Poitiers. Laisse-moi mener ma vie de couple comme je l’entends. Arrête tes perpétuels coups de fil. Allez, au revoir.
Comme une automate, Blandine se dirige vers la salle de bain. Elle ouvre l’armoire des médicaments, prend un tube de comprimés qu’elle vide dans un grand verre d’eau, avale le tout et passe dans la salle de séjour où elle remplit le même verre de whisky, l’avale aussi et part en titubant se coucher toute habillée. Entend-elle alors la dégringolade dans l’escalier, les pas, les miaulements et les aboiements ? Dieu seul le sait.

 
Au troisième étage, Karim vient de cuire la pâtée de Françoispremier qui se précipite sur ce mélange de nouilles et de viande.
-- Françoispremier, c’est dégueulasse ce bruit de mastication et d’aspiration. Beurk ! Ecoute ce que j’improvise pour te civiliser :
Je bouffe qui j’aime, tu es une crème
J’aime pas le gras, j’aime pas les gras
Si t’es trop gros, tu bouffes de trop
Mais si t’aime rien, tu crèves de faim.
Non, ça va pas. Faut-il que tu sois bien élevé pour supporter ça ! J’invente plus rien. Il va falloir que je quitte ce bled où je pourris. Je vais téléphoner à Théo que je débarque à Paris. De toute façon, je vais être expulsé, c’est bientôt la fin de l’hiver. Le propriétaire n’avait qu’à réparer le toit. D’accord, c’est musical la pluie dans les bassines, mais…
Une série de bruits métalliques et animaux qui monte de l’escalier l’interrompt.  Françoispremier y joint sa voix rauque.
-- Quelle cacophonie ! Il faut un minimum de silence pour créer tant soit peu ! Demain j’emporte mes fripes mes défroques, mes crics et mes crocs, mes flûtes et mes notes, mes tongs et mon dogue. A la rigueur, les poissons de la folle seraient supportables, ils ne parlent qu’en bulles. Avec eux je bulle tranquille ! C’est pas comme les gosses Lécuyer qui s’interpellent du haut en bas de l’escalier. Tout le monde commence à le savoir, qu’ils s’appellent Alexandre et César. Si par malheur ils en font un troisième, ce sera Napoléon !

Au second étage, Germaine Robin n’est pas une femme seule : elle a lié sa vie à celles d’un petit singe capucin, de 20 chats de races variées et de 30 poissons qui prospèrent dans le grand aquarium du salon. Les 20 chats ronronnent, elle se laisse captiver par ce bruit ténu , si proche du silence, presque intérieur et tel que sur ce tempo elle croit voir évoluer les hôtes multicolores de l’aquarium. Alors, c’est à peine si elle entend le tintamarre toujours vulgaire de l’escalier. Mais qu’arrive-t-il aux pauvres minets pour qu’ils miaulent soudain ?

Au second étage aussi, de l’autre côté du palier, Bérengère et Jérôme Lécuyer se regardent en riant.
-- Eh bien ! nous n’avons plus d’enfants !
-- Ils sont partis vivre leur vie…
-- Avec armes et bagages !
-- Pour une bonne demi-heure !
-- Quelle tranquillité !
-- Je vais leur lancer les anoraks pour qu’ils n’aient pas froid.
Jérôme fixe du regard la porte claquée un instant auparavant. Alexandre et César, l’un sur sa trottinette, l’autre sur son cheval à bascule entreprennent la descente de l’escalier, non sans à-coups, cahots, fracas et chutes au point de faire  aboyer le vieux pitt-bull inoffensif  et miauler les félins iréniques.
Mais qui pourrait troubler la sérénité, de l’amie des bêtes et des parents Lécuyer? Qui pourrait ébranler la décision de Karim et la complicité des trois étudiantes ?

Et pendant ce temps-là, Blandine Bertrand s’explique avec Saint Pierre.
(Madeleine)


mardi 25 janvier 2011

Je suis un ancien... je suis un futur...

Qui ? Moi ?
J’émerge de la nuit des temps. J’étais un ange et je serai de nouveau un ange.
Oui je suis né, il y a bien longtemps. Je suis un ancien jeune sorti de ne sais où et qui y retournera. Enfant, j’étais, macchabé, je serai.
J’ai utilisé ma jeunesse à me construire progressivement. Une identité physique d’abord qui a roulé comme une Volkswagen, sans mauvaise surprise et avec de bonnes performances. La mécanique est satisfaisante et peut tenir encore. Mais un jour ou l’autre…
Je serai un champion du fauteuil roulant qui rejoindra le monde de tout ceux qu’il a aimés.

Quand, enfants, nous passions nos vacances ensemble, Cath disait que j’étais son cousin préféré. Aujourd’hui, s’appuyant sur sa situation de psychothérapeute elle avance que je me suis fait avoir par les différentes femmes que j’ai rencontrées.

J’ai, joué au ping pong et au tennis ; abusé de la crème de marrons ; rendu visite régulièrement à Mme Cardot au 2 de la rue Pasteur ; couché sous la tente, une tente de huit qu’il fallait installer avec des fossés autour pour drainer l’eau de pluie ; appris à nager le crawl et à lancer le javelot ; flirter avec ma cousine alors que je n’avais pas dix ans ; rencontré et aimé de jolies dames avec qui j’ai passé des moments inoubliables et qui sont restées mes amies pour la plupart.

Quand j’ai préparé le professorat d’Education Physique, Monsieur Raquin tonitruait contre moi pour, sur la cendrée du stade Lacretelle, me faire sortir les réserves que je ne soupçonnais pas avoir. Aujourd’hui, son âme rejoint sûrement la mienne pour louer les bienfaits de l’effort en vue de la maîtrise de soi.

Il y aura des petits et des grands aux différents patronymes qui seront bien contents de relire le Journal et consulter les page web du vieil amateur de soupe aux légumes qui ne pouvait plus trinquer à la santé des amis sans avoir la colique peu après.
Il y aura des bonnes âmes qui viendront rendre visite à l’ancien champion du fauteuil roulant et qui feront bien attention de ne pas vexer l’ancêtre grincheux qui aura perdu le sens de l’humour.
Il y aura des larmes qui sécheront vite quand le grand père que l’on aimait bien passera de l’autre côté…

Recroquevillée au pied d’un pilier de la gare de Lyon, Anne attendait que sa dernière âme sœur descende du train. Elle savait que au-delà de son désir de se fondre en lui, il l’accompagnerait, de près ou de loin. Il n’était pas l’amour de sa vie mais sa vie restait liée à lui.
Aujourd’hui elle erre d’un pays à l’autre sans se soucier où elle sera demain. Elle sait bien que l’important est qu’elle retournera d’où elle vient dans la nuit des temps.

Consignes :
  1. Après avoir listé des réponses à "Je suis un ancien" et "Je suis un futur"
  2. Untel (ou Une telle) disait de moi .... Aujourd'hui ....
  3. J'ai ... (reprendre la liste 1)
  4. Untel (ou Une telle) disait de moi .... Aujourd'hui ....
  5. Il y aura ... (reprendre la liste 2)
  6. Final . Untel (ou Une telle) disait de moi .... Aujourd'hui ....

Les textes de Marc : clic

mardi 11 janvier 2011

Bruits


Mi décembre, un samedi soir, à Bécon les Bruyères.
Une série d’explosions rappelle à Blandine qu’il y a vingt quatre ans elle a accouché un 14 juillet.
Antoine, son fils, est arrivé pour passer le weekend. Il est accompagné de Julie, sa copine déclarée. Julie ne sait pas trop quelle attitude adopter, elle est timide. Coincée sur une chaise, elle attend avec impatience l’heure de partir danser avec Antoine chez un de ses copains à lui.
Blandine ne veut pas s’affoler en entendant les explosions, alors elle associe cet incident à la nouvelle qu’elle veut annoncer à Antoine :
« Sais tu Antoine que nous allons très probablement nous retrouver avec ton père ? Depuis plusieurs mois, déjà ça ne tournait pas rond avec sa compagne. Officiellement, elle ne supportait pas que nous nous voyions de temps en temps. Elle ne voulait pas d’un ménage à trois, disait-elle. Alors elle est partie, avec tous ses meubles pour habiter ailleurs. Maintenant, tout en étant bien entouré, ton père est seul et nous intensifions nos correspondances.
Je vais aller passer quelques jours chez lui dès que je pourrai me déplacer car j’ai encore de la rééducation à faire. Ainsi à la fin de l’année prochaine, nous pourrons nous associer, toi, moi et Julie peut être, aux fêtes de famille du moment de Noël. »

Dans le logement six pièces de Mme Legendre ce sont des  coups de fusils qui sont perçus ; ils provoquent un affolement général. Les vingt chats courent dans tous les sens, sautent sur les meubles et tout excités ils s’attaquent mutuellement. Le singe s’est accroché à la suspension et se balance dangereusement au risque de rompre l’ensemble des verreries lumineuses. Le perroquet crie : « Au secours, au secours ! » la seule phrase qu’il ait vraiment intégrée et qui semble absolument de circonstance. Seuls les poissons de l’aquarium restent absolument indifférents au vacarme.
Mme Legendre est pétrifiée. Encore si son mari était là pour la protéger, elle se réfugierait à coup sur dans son giron. Aucun espoir pour elle de ce côté, l’époux défunt, insensible est, escomptons le seulement, témoin impuissant de cette scène. Complètement dépassée par les événements elle devient fascinée par les poissons paisibles. Elle approche un tabouret de l’aquarium et malgré son fort embonpoint, comme guidée par une force satanique, elle escalade la paroi et se jette la tête la première dans la grande baignoire en verre. Les poissons semblent se réveiller et s’agitent à leur tour. Mme Legendre reprend alors ses esprits et se débat pour chercher à mettre la tête hors de l’eau. Hélas la manœuvre s’avère impossible à cause de son poids et elle se noie sans autres témoins que les poissons imperturbables.

Karim est en retard sur l’heure habituelle de la promenade journalière avec François 1ier  A monter tous les jours et parfois plusieurs fois par jour, les huit étages de l’immeuble pour rejoindre son appartement, il garde la forme. Il en est au troisième quand il entend les détonations qui résonnent dans la cage d’escalier ; il s’arrête. François 1ier est sourd et lui continue à monter tranquillement. Karim est inquiet, il ne comprend pas ce qui peut se passer et hésite à poursuivre. Il imagine que comme pour le 11 septembre un avion s’est encastré dans les derniers étages de l’immeuble. Si son idée est bonne ce n’est surement pas nécessaire de grimper alors qu’il va falloir redescendre vite fait. Mais François 1ier lui ne s’est pas arrêté. Inutile de crier … Karim n’a pas l’héroïsme de le rattraper pour le sauver et puis il a les jambes coupées.
Solennellement Karim jure que s’il en réchappe il attachera François 1ier à sa laisse même pour monter les escaliers.

Jocelyne Muti sursaute alors qu’elle se reposait en future mère, installée confortablement dans son fauteuil. Dans la chambre voisine, Jac, son mari s’est arrêté un pinceau à la main. Les explosions l’inquiètent, il est épuisé alors qu’il est prêt de terminer la remise à neuf de la pièce ou on installera le bébé.
A ce moment, il entend un long cri ; c’est Jocelyne qui s’aperçoit qu’elle est en train de perdre les eaux alors que l’accouchement n’est prévu que pour le mois prochain.

Au rez de chaussée, Corinne, Vanessa et Delphine sont réunies autour de la table où trône le gâteau d’anniversaire de Vanessa. Elles ont voulu profiter de l’occasion pour se payer un petit extra facilité par le fait que la propriétaire, qui habite à 100kms, ne pouvait pas intervenir .
Sur la pâtisserie que Delphine avait confectionnée, oui Delphine tout en faisant des études d’Economie avait un certain don pour l’art culinaire. Sur la pâtisserie donc Corinne, pour se sortir de ses livres a imaginé de mettre en paquet un lot de pétards.
Toutes deux, s’apprêtent à rassembler leurs notions d’Anglais pour entonner un solennel « Happy birth day to you » ; Corinne armée d’un briquet, allume une première mèche qui immédiatement enflamme les autres …
Un vrai feu d’artifice qui a duré deux minutes.
 (Texte de Marc)
Atelier du 10 janvier : clic
Consignes :
Dans un immeuble 6 appartements (les propositions des 6 participants A , B, C, D, E, F)
Dans cet immeuble un bruit se fait entendre.
Au moment du bruit
  1. Dans l’appartement A un secret est mis à jour.
  2. Quelque chose d’irréparable dans le B
  3. Une décision est prise dans le C
  4. Un autre bruit dans le D
  5. Explication du bruit initial dans le E

samedi 11 décembre 2010

Les textes de Pierre

Les 31 premiers textes de Pierre à l'atelier : clic

Dans la vie, il y a...
Dans la vie il y a les mecs qui pensent et les mecs qui dépensent, c'est pas plus compliqué que ça.
Les mecs qui pensent sont en haut du panier et les mecs qui dépensent sont au fond du panier.
Et plus le temps passe, plus le panier s'agrandit, c'est pas plus compliqué que ça.
Quand le panier est plein, les mecs qui pensent le vide et les mecs qui dépensent se dépêchent de le remplir, c'est pas plus compliquer que ça.
Quand les mecs qui dépensent ne dépensent plus, les mecs qui pensent leur donnent des idées pour qu'ils dépensent de nouveau et ça marche, c'est pas plus compliqué que ça.

Les mecs qui pensent, je peux pas les voir. A force de penser, ils nous empêchent de vivre. Car vivre, c'est ne pas penser, c'est pas plus compliquer que ça.
Les mecs qui pensent se croient intelligents. Moi, je pense qu'en fait ils se cachent derrière des mots incompréhensibles pour épater le péquin. C'est pas plus compliqué que ça.
Les mecs qui pensent ont des cheveux longs, de grandes barbes, sont gros et pâles, c'est affreux à voir et boivent de l'eau, c'est pas plus compliqué que ça.
Les mecs qui pensent, ça m'énerve, c'est pas plus compliqué que ça.
Les mecs qui pensent ont de belles femmes et ça m'énerve, c'est pas plus compliqué que ça.

Les mecs qui dépensent, c'est des mecs sympa. Ils rigolent et se tapent sur le ventre en rotant, c'est pas plus compliqué que ça.
Les mecs qui dépensent, c'est des gens que j'aime bien parce que c'est eux qui m'offrent l'apéro ou le café, c'est pas plus compliqué que ça.
Les mecs qui dépensent, ils ne lisent pas parce que ça abime les yeux, c'est pas plus compliqué que ça.
Les mecs qui dépensent, ils aiment bien les bagnoles parce que les filles elles aiment ça, un mec avec une bagnole, c'est pas plus compliquer que ça.

Moi, je ne fais partie ni des mecs qui pensent, ni des mecs qui dépensent.

Moi, je suis Anastase Hasbinette et ma vie vie c'est de me tenir à l'écart de ceux qui pensent comme de ceux qui dépensent, c'est pas plus compliqué que ça.
Car ceux qui pensent s'usent à ne pas dépenser et ceux qui dépensent s'usent à ne pas penser, moi j'ai autre chose à faire, c'est pas plus compliqué que ça.
Moi, je veux m'économiser et non économiser.
Moi, je veux vivre la tête libre, sans contraintes, sans obligations, assis au pied de mon chêne à regarder les couchers de soleil, c'est pas plus compliqué que ça.
Moi, je ne veux pas faire d'études car ça m'obligerai à penser, c'est pas plus compliqué que ça.
Moi, je ne veux pas travailler dans une usine, ça déforme le corps et ça donne des maladies, c'est pas plus compliqué que ça.
Ma vie, c'est un peu tout ça et bien d'autres choses que je garde pour moi, c'est pas plus compliqué que ça.
  
J'aurai pu devenir un mec qui pense, parait-il, mais heureusement le destin en a décidé autrement. C'était pourtant bien parti, au dire de mes parents. J'étais brillant à l'école et ce dès le primaire. Ma vie semblait toute tracée. Les mathématiques étaient pour moi aussi facile que l'apprentissage des langues étrangères. J'avais une mémoire d'éléphant et une clarté d'esprit qui me permettaient d'évoluer deux fois plus vite que mes camarades les plus doués. Arrivé au lycée, je me trouvais alors dans un environnement qui commença à me déplaire en la personne du professeur de français. J'avais jusqu'alors eu d'excellent note. Brusquement le vent tourna car ce professeur me prit en grippe dès le début et cela alla en s'accentuant au fils des mois. Durant l'hiver, il y eut pas mal de neige et de verglas. Dans le cour du lycée, il y avait un endroit où les chéneaux de la toiture étaient en mauvais état. Cela avait provoqué la formation d'une belle patinoire à la sortie du préau. Et ce jour là, notre professeur de français était là, debout dans ce secteur. Il y eut une bousculade dont je fut à l'origine, un peu par provocation car je voyais dans son regard de l'ironie. Cela se passa très rapidement et dans les secondes qui suivirent, notre prof fut sans connaissance, au pied de l'un des piliers du préau. Sa tête avait heurté violemment l'angle d'un pilier, il était dans un coma qui devait durer des années années, c'est pas plus compliqué que ça.

Un peu plus tard, j'ai failli devenir un mec qui dépense mais là encore, le destin veillait. Après cette histoire avec le coma du professeur, je fut exclus du lycée. Ce fut le début d'une remise en question. Je me suis dit que le fait de penser m'empêchait d'avoir des problèmes, même de peut-être parfois les provoquer. Ce prof de français qui se vantait de penser, d'en être fière au point de mépriser les autres, cela j'avais décidé de ne pas en faire partie. Je serais dons un mec qui ne pense pas et pour cela je devais adopter une attitude opposée. Je serai donc un mec qui dépense. J'avais lancé ça comme une bravade, une provocation facile sur un jeu de mot bancale.
Que devrai-je faire pour être un mec qui dépense ?
Je fréquentais alors les cafés, les boites de nuits, les plages, les stades de sports en tous genres. C'est le foot qui devint mon sport de prédilection. Mais je devais avec une tête qui ne convenait pas à certain. Un jour il y eut un match qui tourna très vite au vinaigre. J'étais pour les verts et face ceux pour les bleus. Comme les verts étaient en train de gagner, des bleus survoltés ont envahi notre secteur et ce fut la bagarre générale. Je me retrouvais quelques heures plus tard à l'hôpital avec quatre côtes cassées, cinq dents en moins, une arcade ouverte, un genoux déboité, une main écrasée avec cinq doigts en mauvais état et la cerise sur le gâteau, le foie éclaté. Je dus rester six mois à l'hôpital et une année de rééducation. J'ai cru que j'allais y rester, c'est pas plus compliqué que ça.

Moi, Anastase Hasbinette, je suis ni un mec qui pense ni un mec qui dépense et pour le prouver, je vais vous raconter ce que je suis devenu après mon séjour à l'hôpital. Je me suis engagé dans la Légion Étrangère. Ainsi, je me suis dis que j'apprendrai à ne pas penser et que je ne dépenserai pas puisqu'il n'y a rien à dépenser à la Légion. Comme j'étais un bon élève, je pris rapidement du galon. Le colonel m'avait à la bonne et je pus devenir un sous-officier. J'étais très occupé par ma position et mon désir de me faire bien voir. Je continuais à progresser dans la non-pensée et je me gardais de dépenser ma solde pour quand je sortirai.
C'est ainsi que je pris l'habitude de vivre en marge de la société. Je fus envoyer en mission en Afrique et ce fut une découverte pour moi. J'y pris goût et à la fin de mon engagement, je décidais d'y rester. Très vite je me coulais dans la société locale et dans ses us et coutumes. C'est ainsi que je me retrouvais à vivre avec cinq femmes qui pensaient et dépensaient pour moi. Je pouvais admirer les couchers de soleil assis sous un catalpa, avec ma pension d'invalide obtenu grâce à quelques subterfuges et mes économies de légionnaire, c'est pas plus compliqué que ça.

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Parcours de vie photographique.

Chère vous,

Votre silence m'incite à vous écrire. Vous m'aviez promis de vos nouvelles rapidement mais les mois passent et je n'ai rien vu venir. Je veux croire qu'il ne vous soit rien arriver de grave, que c'est mon imagination qui m'amène à des interrogations sans fondements. A vrai dire, c'est parce que je mettais de l'ordre dans mes papiers que je ma suis décidé à cette écriture car j'ai retrouvé une enveloppe de photos, que je croyais perdu, et dont la vue m'a remémoré des instants que nous avions vécu ensemble. Cela m'a d'autant surpris qu'elles étaient au milieu d'autres photos qui ne nous concerne pas. Je me demandais d'ailleurs ce qu'elles faisaient là, parmi des photos professionnelles. C'est étrange car je n'ai aucun souvenir me permettant de reconstituer ce qui a pu faire que ces photos se trouvent rassembler. Mais peut-être avez vous la réponse, peut-être que votre mémoire que je sais monstrueuse, contrairement à la mienne, va éclairer ma lanterne.
Toujours est-il que le fait de revoir ces photos, des souvenirs ont soudain ressurgi.
Vous souvenez-vous de notre première rencontre, cet instant magique qui qui nous a emportés ? Et bien, vous me croirez si vous voulez, mais j'ai là sous les yeux cette photo.
C'était à l'Alliance Française du Boulevard Raspail. Vous, pour approfondir votre français, moi pour tout simplement y venir pour déjeuner, les tarifs au resto étant des plus attractifs. Autour d'un café, nos regards se sont croisés. Il y a eu un déclic, une flamme qui ne nous a plus quitté durant des mois. D'ailleurs en voyant une seconde photo de la plage de Deauville, plus exactement des planches bordant la plage, il s'avère que c'est là que nous nous sommes retrouvés quelques jours plus tard, un peu par hasard. Vous alliez vers l'est, j'allais vers l'ouest. Vous, sortant d'un café pour aller à Trouville, moi venant de la jeté de Trouville pour aller à un rendez-vous professionnel de l'autre côté de Deauville. Nos corps se croisaient alors après nos regards et il se passa ce que vous savez. Cette carte postale de Deauville, vous me l'envoyâmes quelques jours après et à la suite de quoi je vous proposais de nous revoir. Vous ne me croirez peut-être pas mais j'ai entre les mains la troisième photo qui m'est venue, celle où nous avons été photographié devant la Coupole par ce jeune qui parcourait le trottoir avec son Polaroïd, ce genre de photographe que ni vous, ni moi portions dans nos cœurs et cependant il devait ce jour-là immortaliser l'un des moments que l'on dit exceptionnel, à savoir le plus beau jours de notre vie. Celui du début de notre aventure amoureuse sous les plafonds peints de cette célèbre brasserie, entourés de mille yeux mais seul au monde. Nous n'avions d'yeux que pour nous-même. Nous buvions nos paroles. Il y avait de l'électricité dans l'air, je m'en souviens comme si c'était hier. Nous étions sur notre petit nuage et d'ailleurs c'est bien l'impression que donne cette photo qui, malgré sa médiocre qualité, laisse apparaître l'état dans lequel nous étions.
Au point où j'en étais, je me suis laissé aller à continuer ma pioche dans le paquet de photos. Elle est de très bonne qualité cette fois mais cependant elle est comme qui dirait, flou.
Mais, je dois m'avouer qu'il s'agit de ma mémoire.
Je n'arrive pas à mettre un nom sur le lieu où elle a été prise. C'est un bord de mer sans grand intérêt, une plage quelconque et le temps est gris. Quelque part entre la Manche et l'Atlantique, je pense.
Mais qui a bien pu prendre cette photo ? Un copain, une amie, un touriste de passage ? Nous avons une mine défaite à l'image du temps. Les embruns nous enveloppent et n'arrivent pas à nettoyer notre vague à l'âme. Oui, nos âmes ont l'air de naviguer sur une mer démontée, mais je ne sais plus si cela fut les prémices de notre dérive.
De dérives en dérives, nous nous sommes éloignés puis retrouvés pour de nouveau nous éloigner nombre de fois mais toujours avec ce désir de nous retrouver.
Votre silence me dit que peut-être, cette fois il n'y aurait pas de retour ? Et s'il en est ainsi, je dois vous dire alors un secret, qui n'est pas de famille mais un secret qui nous concerne.
Je ne vous l'ai jamais dit, mais lors de notre première rencontre, je venais de terminer un roman dont l'héroïne était comme la copie conforme de cette jeune femme qui venait à moi dans le hall de l'Alliance Française. Je n'en croyais pas mes yeux mais n'en dis rien de crainte d'être ridicule. Mais maintenant je dois me rendre à l'évidence, cela m'a joué un vilain tour car j'ai cru en ce double et je vous ai pas vraiment vu telle que vous étiez. Ce fut un beau rêve mais ce n'est, me semble-t-il, que cela.
Votre silence, s'il persiste, me donnera confirmation que ce fut bien un rêve, un doux rêve qui s'achève.
Je vous écris cela alors que j'ai en mains une vieille photo de famille où l'on voit l'une de mes tantes qui vécu un amour semblable au notre à l'insu de sa famille. Cela nous fut révélé lors de son divorce et de son départ avec son amant. Nous n'avons pas de contrainte de famille, seulement celles de notre imaginaire qui peut, lui, être tout aussi destructeur. Qu'en dites-vous, ma chère Lisa ? Allez-vous me faire mentir et comme à votre habitude me provoquer en arrivant à l'improviste comme vous en avez le secret ? Si tel peut être le cas, j'espère que vous ne vous presserez pas trop de manière à avoir cette lettre auparavant, histoire d'en rire ensuite. 

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